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#meuble-a-peindre #meuble-brut #Fashion-Meuble

Interview de MamZelle Térébenthine

L’artiste MamZelle Térébenthine

Portrait MamZelle Térébenthine

MamZelle Térébenthine est une artiste spécialisée en peinture décorative sur meuble. Installée à Souvigné en Touraine, elle a accepté de nous en dire plus sur son parcours et son art pour redonner une âme au mobilier. Dynamique, joviale et entrepreneuse dans l’âme, elle se dévoile en toute simplicité.

Un grand merci à elle pour cette belle interview !

Parlez-nous de vous, d’où vient votre vocation ?

Depuis petite, j’ai une attirance pour le domaine artistique. J’ai toujours aimé le dessin, la peinture, les activités à caractère artistique et manuel.
J’ai un papa peintre en bâtiment, j’ai donc baigné dans le domaine de la peinture même s’il ne s’agissait pas de peinture artistique. Ma maman était enseignante et avait une passion pour la couture, une activité artistique. C’est un ensemble de choses qui ont fait que très tôt je me suis intéressée aux activités manuelles et plus précisément la peinture.

Au fil des années, cette passion n’a fait que se confirmer.

Y a- t-il eu un élément déclencheur qui vous a amené à choisir le métier de peintre sur meuble ?

Le choix de faire de la peinture mon métier est réellement apparu lorsque j’avais 15-16 ans. J’ai très tôt eu envie de travailler, il me fallait choisir une voie et la peinture m’est apparue comme une évidence.

J’ai le souvenir de la visite de l’école de peinture IPEDEA : Institut supérieur de la peinture décorative de Paris. Une visite qui m’a marquée et a marqué l’histoire de mon parcours professionnel.  J’avais 15 ans, j’étais une jeune provinciale et j’étais allée à Paris avec mes parents pour les portes ouvertes de l’école. À l’époque, il s’agissait de la seule école en France qui délivrait un diplôme reconnu par l’État.

Je voulais rentrer dans cette école et j’ai tout fait pour.

Durant la visite, j’ai saisi l’opportunité de parler au directeur pour lui faire part de mon envie d’intégrer son école. De retour chez moi, j’ai contacté l’établissement pour connaitre les démarches administratives et monter un dossier. Ensuite ont suivi des échanges téléphoniques durant lesquels on m’a informé que j’étais trop jeune, que l’âge d’acceptation était au minimum de 22 ans. On m’a alerté sur le fait que j’allais être la plus jeune. Que c’était une formation à 39h et non 35h. À ce moment-là, ma position de jeune provinciale qui montait à Paris avec ses parents, ne jouait pas en ma faveur. Pourtant, ces portes ouvertes m’avaient vraiment conforté dans l’idée que c’était cette voie que je souhaitais emprunter à savoir la peinture décorative.

On avait beau m’alerter sur le fait que l’école ne prenait pas d’élève en dessous d’une certaine limite d’âge, que c’était une formation très intense, plutôt difficile et qu’il y avait énormément de personnes qui abandonnaient en cours de formation, j’étais décidée. J’ai lourdement insisté et on m’a donné l’opportunité de passer les tests. J’y suis allée avec un book (photos de mes réalisations pour prouver que je pratiquais déjà la peinture et que c’est ce qui me plaisait).
J’ai passé les tests avec succès, alors face à ma détermination, ils ont finalement accepté de me prendre malgré mon jeune âge.

J’avais alors 18 ans et un CAP de peinture en poche, les autres élèves avaient en moyenne une quarantaine d’années essentiellement des personnes en reconversion professionnelle. Ça a été une année très enrichissante et difficile, il y a eu une dizaine d’abandons. J’étais pour ma part heureuse de faire ce qui me passionnait. J’ai été formée à la peinture décorative et j’ai pu approfondir différentes techniques : faux ciels, enduits, patines, trompes l’œil, ornement, faux bois, faux marbres…

Qu’avez-vous fait après cette formation de peintre décorateur ?

J’ai quitté Paris avec l’idée de créer mon entreprise.
Pour mener à bien mon projet, j’ai choisi de travailler à mi-temps en entreprise. En parallèle, j’ai trouvé un local qui me permettait d’avoir une partie boutique et une partie atelier, j’ai fait de nombreux travaux et j’ai entamé les démarches administratives.

Il m’a fallu moins d’un an pour m’installer à mon compte, j’avais 19 ans. A l’époque, je savais qu’il serait compliqué de vivre de la peinture décorative murale dans ma région. Le support meuble s’est assez vite imposé à moi. Ça semblait être un support plus accessible pour monsieur et madame tout le monde.

Atelier de peinture

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Elles sont très diverses. Je peux être inspirée par des tas de choses. Nous sommes exposés à une quantité d’images assez incroyable notamment avec l’essor des réseaux sociaux Pinterest ou  Instagram.
Il me suffit de peu de choses pour être inspirée. Je peux être inspirée par une association de couleurs, un motif, un thème. Je n’ai pas une source d’inspiration précise.

L’inspiration est partout et à prendre partout.

Quelles sont les techniques que vous utilisez pour peindre les meubles ?

Je ne travaille qu’en peinture acrylique. Je lui trouve beaucoup d’avantages, cette technique correspond bien à ce que j’aime, à ma façon de travailler. Elle permet de travailler vite et de faire des superpositions grâce à sa rapidité de séchage. Le principal avantage que je lui trouve est sa rapidité de séchage et donc pour moi la rapidité de création.

Une des techniques de peinture que j’affectionne le plus est le trompe-l’œil ou plutôt l’hyper réalisme. Ce n’est pas pour autant ce que je l’utilise sur tous les meubles. Mais il est sûr que je ne suis pas dans une peinture abstraite ou impressionniste, je suis clairement dans le figuratif et la technique du trompe-l’œil.

Technique peinture acrylique

Comment faites-vous pour ne pas tomber dans ce que l’on pourrait qualifier de faute de gout ?

Il est tellement facile de tomber dans le mauvais gout, il y a tellement d’erreurs possibles.

Les notions d’harmonie, d’équilibre et de proportion, sont des règles que j’ai en tête lorsque je construis mes projets.

Par exemple sur mes œuvres, il peut arriver que j’aie plus de trois couleurs, c’est assez fréquent, mais je vais justement faire très attention à l’endroit sur lequel les couleurs sont positionnées, de façon à ce que ça ne crée pas de déséquilibre. Afin qu’au premier regard, on ne se retrouve pas à avoir une grosse masse sombre puis rien en bas pour contrebalancer. Et s’il y a quelque chose en bas,  il va falloir le positionner à l’opposé pour que visuellement l’œil trouve une forme d’équilibre.

Je parle aussi de proportion en ce sens qu’il faut choisir des tailles de décors adaptés aux supports. Pour moi faire des tout petits décors sur un gros meuble cela peut être une erreur. De la même façon que l’on adapte les outils à la réalisation, on adapte aussi les décors.

Et une notion d’harmonie et de cohérence dans un thème. Dans mon cas, les thèmes sont choisis par mes clients, ensuite je les interprète en fonction de ce qu’ils me donnent, etc. Mais, il faut qu’il y ait une forme de cohérence générale dans le thème.

Par exemple si un client me demande un buffet dans un esprit rétro-publicitaire. C’est quelque chose que j’ai beaucoup fait par le passé et que je peux encore être amenée  à faire ponctuellement. Je n’utilise jamais de vraies publicités, je crée des publicités de toutes pièces. Je vais donc demander à la personne, si elle a une préférence sur le type de publicité. Par exemple des bonbons, un apéritif, une marque de gâteaux ou du dentifrice. Mais il faudra qu’il y ait une certaine cohérence, car je ne vais pas faire un buffet avec d’un côté une porte avec des guimauves et de l’autre côté une porte avec du jambon. Donc si on est dans un esprit rétro-publicitaire, il va falloir choisir un sous-thème par exemple un thème petit déjeuner, un thème appétitif, cosmétique, campagne. Il faut trouver une cohérence. 

Quelles sont les qualités requises pour être un artiste dans le secteur du mobilier

Compétence, professionnalisme, identité.

Avoir des vraies compétences professionnelles et ne pas faire de la peinture comme ça.

Tout le monde peut faire de la peinture, mais tout le monde ne devrait pas en faire son métier.

Parmi les nombreuses personnes qui font de la peinture sur meuble, il y en a peu qui ont de vraies techniques artistiques et qui savent s’adapter et répondre à toutes les demandes de travail, sur tous les supports. Pour cela, il faut avoir une vraie palette de connaissance dans son domaine d’activité, des connaissances maîtrisées et fiables.

Il y a ceux qui font de la peinture en loisir qui connaissent 2-3 techniques et qui se lancent et en font leur activité, mais pour moi ce ne sont pas de vrais professionnels.

Ensuite je serais tentée de dire une identité. On n’est pas obligé d’être original, car parfois il y a des gens qui ont une identité très forte tout en ayant un travail et des réalisations très sobres. Ce qu’il faut c’est une vraie identité, un vrai univers.

Diriez-vous que vous avez votre identité d’artiste peintre sur mobilier ?

Il arrive que les gens me disent qu’ils ont reconnu une de mes créations, c’est surement que mon identité est repérable.

Il y a des artistes qui vont souvent travailler les mêmes thèmes, par exemple un thème essentiellement rétro ou uniquement floral. On peut alors les reconnaitre par rapport à ce thème. Pour ma part, les gens me confient des thèmes tellement variés donc ce n’est pas à cela que l’on me reconnait.

Je pense que ce qui ressort de mes meubles, c’est une certaine sensibilité et ma technique. C’est surement ce que les gens reconnaissent ma technique et les règles d’équilibre, d’harmonie et de proportion que je m’impose ainsi que ma sensibilité. 

Si vous deviez être une couleur, laquelle seriez-vous ?

Je ne me définirais pas par une couleur, je me suis bien rendue compte au fil du temps que j’ai des phases où je vais être attirée par une couleur, puis par une autre…

De plus, j’aime toutes les couleurs, ensuite ce n’est qu’une question de tonalité. Les couleurs peuvent être très belles, toutes les couleurs sont belles. Je vais peut-être préférer certaines tonalités d’une couleur. C’est tellement réducteur de parler d’une couleur. Par exemple, pour moi la palette des bleus est tellement vaste que je ne peux pas dire j’aime le bleu, il y a aussi des bleus que je n’aime pas.

Je ne résume pas les couleurs de façon simple et catégorique, c’est précis et profond pour moi.

Une personne peut avoir une couleur favorite à porter, mais ce n’est pas forcement la couleur qu’elle va vouloir mettre chez elle. Et de la même façon, on peut être défini par une couleur à un moment de sa vie puis en changer sans s'en apercevoir au fil du temps. Les couleurs correspondent à des émotions, à du ressenti.

On est tous ou quasiment tous de toutes les couleurs. On ne fait que ça au cours de sa vie et même d’un instant à l’autre de la journée, changer de couleur intérieure en fonction de ce que l’on ressent et de ce que l’on est à l’instant T.

Pour moi la couleur c’est des émotions.

Je ne suis pas une couleur, mais de toutes les couleurs, et ça dépend à quel moment de la journée on me le demande.

Si vous étiez un meuble, lequel seriez-vous ?

Je serais un buffet Mado.

Plusieurs choses m’ont amené à aimer ce buffet et à l’aimer de plus en plus. Au début, ça c'est presque fait un peu par hasard et ensuite au fil du temps j’ai appris à vraiment l’aimer et j’ai fini par me passionner pour ce buffet-là.

Quand j’ai peint le premier, j’étais loin de m’imaginer que ça deviendrait ensuite quasiment mon unique support de travail et celui pour lequel je réussirais à me faire connaitre.
Au départ, lorsque j’ai commencé à faire de la peinture sur meuble, je peignais sur tout type de meuble sans distinction. Des meubles que les gens me ramenaient donc je ne les choisissais pas. Dans mes premières années d’activité, je faisais de la peinture, mais de la peinture assez classique. J’étais très jeune et je faisais des décors pour que ça plaise, c’était souvent des choses très classiques. Les gens ayant souvent un peu peur de la couleur et n’ayant pas trop d’idées, voilà, je m’adaptais et faisais ce que l’on attendait de moi.

Au fil des années, je commençais à me sentir un peu frustrée et j’ai eu envie de me faire plaisir. Et je me suis dit :

Là je vais faire un meuble, mais qui ne sera pas commandé. Je vais faire un meuble pour me faire plaisir artistiquement et puis ma foi on verra bien ce que ça donne.

Et mon choix s’est porté sur un buffet Mado parce qu’à cette époque-là les buffets Mado ne coutaient quasiment rien, les gens les donnaient, les brulaient, les jetaient. Et pour autant, j’ai tout de suite compris que ça m’offrait de belles surfaces pour les décors. Parce que justement, il n’y avait pas de moulures, pas de fioritures, c’était très simple très sobre dans les lignes avec de grandes portes pour faire mes décors et puis vraiment pas cher.

Donc j’ai fait ce buffet-là qui était donc le premier et sur lequel pour le coup je me suis lâchée. J’ai mis beaucoup de couleurs, j’ai mis des décors très présents, très colorés et qui me faisaient vraiment plaisir. Et ça m’a fait du bien. Contre toute attente, ce buffet qui était clairement très original s’est très vite vendu. J’ai une personne qui est entrée un jour dans la boutique et qui a eu un coup de cœur et me l’a acheté. Et je me suis dit :

Tiens c’est incroyable ça ne plait pas qu’à moi. Il y a aussi une autre personne à qui ça plait.

Premier buffet Mado

J’en ai réalisé un deuxième qui est parti lui aussi et ainsi de suite. J’ai donc commencé à m’intéresser à ces meubles Mado et j’ai trouvé leur histoire géniale. Je me suis rendu compte qu’il y a énormément de personnes qui ont une forme de rapport affectif avec ce meuble. Énormément de gens que je rencontrais et qui voyaient mes buffets me disaient « Ah ça me rappelle celui que j’avais chez mes parents, chez mes grands-parents ».

En faisant des recherches, j’ai lu que c’est le buffet de cuisine que toutes les familles françaises ont eu dans leur cuisine après-guerre. Et ça fait partie aussi de ces premiers meubles qui sortaient en série de certaines usines comme Manu France par exemple. Mais beaucoup aussi ont été fabriqués artisanalement en fonction des envies et des besoins de chaque foyer, de chaque ménagère. C’est vraiment l’ancêtre de la cuisine aménagée. C’est le dernier meuble de cuisine, vrai meuble on va dire, non fixé au mur. On croit souvent qu’ils sont tous identiques, mais en réalité c’est très rare, ils sont tous différents. Ce sont des meubles relativement légers, mais de bonne conception.

Donc au final, je trouvais qu’ils n’avaient que des avantages. En plus, il existe de nombreux modèles différents et il me permet de vraiment m’épanouir artistiquement.

À partir du moment où j’ai décidé de ne plus faire les choses pour plaire aux gens, mais de les faire pour que ça me plaise juste à moi. Je me suis rendu compte que finalement, en faisant des choix plus affirmés, ça plaisait encore plus.

 

Pourriez-vous nous montrer une de vos créations préférées ?

Buffet Mado favoris

Remerciements

Encore merci à MamZelle Térébenthine pour sa gentillesse, sa bonne humeur et le temps accordé pour la réalisation de cette interview très intéressante. Une interview qui retrace le parcours d’une femme décidée qui s’affirme dans ses choix artistiques et ces choix de vie.

Vous aurez le plaisir de découvrir son travail sur des meubles à peindre Nomadde prochainement !

Encore merci MamZelle Térébenthine.